Acheter des actions SpaceX : quelles solutions existent vraiment ?

Gwynne Shotwell, présidente et directrice générale de SpaceX, a récemment partagé devant un parterre d’investisseurs la possibilité d’introduire en bourse Starlink, la filiale dédiée à l’Internet par satellite.

Dans des propos relayés par Bloomberg, Shotwell précise : « Starlink est le genre d’entreprise que nous pouvons répertorier en bourse. »

Depuis sa création par Elon Musk en 2002, SpaceX a levé plus de 3,6 milliards de dollars auprès de fonds privés et son évaluation tutoie aujourd’hui les 33,4 milliards de dollars. En moins de vingt ans, l’entreprise a rebattu les cartes de l’industrie spatiale : lancement de satellites à des coûts défiant toute concurrence, ravitaillement de la Station spatiale internationale, récupération et réutilisation des premiers étages de ses lanceurs. La perspective d’une cotation en bourse offrirait aux investisseurs un nouveau terrain de jeu : miser sur la capacité de SpaceX à transformer le secteur de l’accès à Internet, comme elle l’a déjà fait avec Tesla dans l’automobile électrique.

Le capital-risque a déjà permis à SpaceX de franchir plusieurs étapes décisives, mais c’est bien Starlink qui cristallise les espoirs de croissance. L’objectif ? Fournir un accès Internet haut débit partout via une constellation de 12 000 petits satellites placés en orbite terrestre basse (OTB). SpaceX vise à la fois les fournisseurs d’accès traditionnels et les habitants des zones rurales, sans oublier les marchés émergents privés d’Internet rapide. À ce jour, 240 satellites Starlink ont déjà été placés en orbite, un chiffre supérieur à celui de n’importe quel concurrent. D’ici la fin de l’année, SpaceX ambitionne d’en avoir 1 500 en service.

Pour l’instant, aucune échéance officielle n’a filtré concernant une éventuelle introduction en bourse de Starlink, et l’entreprise garde le silence sur ses intentions. Une chose semble acquise : SpaceX dans son ensemble ne devrait pas faire ses premiers pas à Wall Street de sitôt. Elon Musk a maintes fois répété qu’il n’envisagerait une cotation que lorsque les voyages réguliers vers Mars deviendraient réalité.

Avec Starlink, SpaceX se frotte à des adversaires de taille. D’un côté, Amazon prépare également sa propre constellation, et de l’autre, des acteurs plus modestes comme OneWeb, soutenu par SoftBank, avancent leurs pions. OneWeb a mis en orbite 34 satellites supplémentaires mercredi dernier et compte lancer ses services l’an prochain. Les opérateurs historiques de l’Internet par satellite, eux, évoluent à des altitudes bien supérieures, ce qui allonge le temps de latence et réduit l’attrait de leur offre.

Selon Morgan Stanley, le marché mondial de l’Internet haut débit par satellite pourrait générer 100 milliards de dollars de revenus d’ici 2040. Mais la concurrence reste rude. Les fournisseurs traditionnels, à l’image de Comcast aux États-Unis, investissent massivement dans des réseaux toujours plus performants. Et sur les territoires peu desservis, les opérateurs mobiles accélèrent le déploiement de la 5G.

Pour illustrer cette bataille, voici quelques faits marquants :

  • Verizon et AT&T investissent des sommes colossales pour renforcer leur réseau fibre, posant des millions de mètres de câbles sur le sol américain.
  • Face à cette vague d’investissements, la menace d’un accès Internet par satellite à faible latence pousse les opérateurs historiques à revoir leur stratégie.

Shrihari Pandit, dirigeant de Stealth Communications, fournisseur d’accès new-yorkais, l’affirme sans détour : « Verizon et AT&T dépensent sans compter, car si la fibre ne s’impose pas, l’Internet OTB pourrait leur damer le pion. »

Pour l’heure, SpaceX garde le secret sur les tarifs et la configuration matérielle nécessaires à l’utilisation de Starlink. Ces deux paramètres, prix et nombre d’abonnés, pèseront lourd dans la balance pour transformer l’essai.

Shrihari Pandit pose la question qui dérange : « Peut-on réellement rentabiliser ce modèle en proposant des tarifs abordables aux habitants des zones rurales ? J’attends de voir. »

Reste à savoir si SpaceX réussira là où d’autres se sont cassé les dents. Les paris sont ouverts. L’espace, lui, n’a jamais semblé aussi proche des marchés financiers.