Les billets en euros que vous pouvez trouver en circulation

Oubliez les idées reçues : même si la plupart des Européens n’ont jamais eu un billet de 500 euros entre les mains, certains spécimens de la première série circulent encore, partout sur le continent. Sous nos portefeuilles, de petites reliques monétaires continuent leur existence discrète, malgré la modernité triomphante et la dématérialisation.

Robert KALINA de la Banque d’Autriche,créateur de la première série de billets en euros (ES1)

Ticket 5€

En décembre 2012, le billet de 5 euros de la première série atteignait un sommet : 1,613 milliard de coupures circulaient alors dans la zone euro. Cette masse, résultat d’un calcul simple, la différence entre les billets émis par les banques centrales et ceux déjà retournés pour recyclage ou destruction, révèle en creux nos habitudes de paiement. Quand on évoque les billets « en circulation », il s’agit de ceux utilisés dans les échanges du quotidien, mais aussi de ceux qui dorment chez les particuliers.

Le billet de 5€, à la faible valeur, reste peu thésaurisé. Difficile d’en accumuler une quantité significative sans remplir sa maison de papier. Depuis l’arrivée du billet ES2 en avril 2013, la première génération de 5€ se fait rare : au 30 novembre 2019, il n’en restait que 256 millions encore en vie.

Ces billets subsistent majoritairement dans les transactions entre particuliers ou chez certains commerçants. Pourtant, dès qu’ils repassent entre les mains d’une banque, le système de recyclage les élimine. Leur présence persistante témoigne de la vitalité des paiements en espèces, un mode de règlement que ni la pression des banques ni l’essor du paiement dématérialisé n’ont fait disparaître.

En face, la deuxième série (ES2) progressait rapidement : 1,639 milliard de ces nouveaux billets étaient déjà en circulation à la même date. À la mise en service, en mai 2013, 246 millions d’exemplaires avaient été mis sur le marché.

Ticket 10€

La première génération de billets de 10 euros, elle aussi, a connu ses heures de gloire. En novembre 2019, 2,17 milliards de coupures avaient circulé depuis l’origine. Pourtant, à cette même date, seuls 278 millions d’exemplaires de la première série restaient en circulation, preuve d’un renouvellement rapide.

Un détail intrigue : en septembre 2019, 301 millions de ces billets étaient comptabilisés, contre 280 millions seulement en août. Comment expliquer le retour soudain de 21 millions d’anciens billets ? Peut-être un ajustement logistique, ou une réserve libérée par une institution financière, mais la Banque centrale européenne, interrogée par NUMISMAG, n’a pas livré de réponse précise.

La disparition progressive de ces billets s’est amorcée en septembre 2014, avec l’introduction du billet ES2 de 10€. Ce mois-là, 146 millions d’exemplaires tout neufs ont rejoint le circuit. Fin novembre 2019, la deuxième génération comptait déjà 2,436 milliards de billets en circulation.

Ticket 20€

Le billet de 20 euros de la première série avait atteint un pic record en août 2015 : 3,342 milliards de coupures circulaient alors. Quatre ans plus tard, il n’en restait que 609 millions, la plupart ayant déjà été remplacés ou détruits.

Là encore, une anomalie s’est glissée dans les statistiques : 665 millions de billets ES1 étaient recensés en septembre 2019, contre 645 millions en août, soit 30 millions de plus. Ce surplus, qui représente 40 millions d’euros remis en circulation, reste sans explication officielle.

À l’annonce du retrait de la première série, 122 millions de billets ES2 de 20 euros ont été mis en circulation en novembre 2015. Fin novembre 2019, ce sont 3,374 milliards de billets de la nouvelle série qui passaient de main en main.

Ticket 50€

Le billet de 50€, véritable vedette de la série originale, a connu un engouement sans égal. En décembre 2016, 9,231 milliards d’unités étaient en circulation, un record pour cette valeur. Trois ans plus tard, 4,508 milliards de billets de la première génération subsistaient encore, soit la moitié du stock maximal, bien davantage que pour les autres coupures de la même série.

Pourquoi tant de billets de 50€ résistent-ils au renouvellement ? Parce qu’ils servent souvent de réserve, stockés par précaution, et s’échangent fréquemment de la main à la main, hors du circuit bancaire traditionnel. Résultat : ils mettent plus de temps à être éliminés par le recyclage. Lors de la sortie de la série ES2, en avril 2017, 417 millions de nouveaux billets de 50€ ont été mis sur le marché.

Billet de 100€

Mai 2019 marque l’arrivée de la deuxième série de billets de 100€, avec 13,9 millions d’exemplaires fraîchement émis. Un mois plus tard, 446 millions de billets de la première série circulaient encore.

Le retrait des anciens billets a démarré en avril 2019. À cette époque, 2,858 milliards de billets ES1 étaient encore en circulation. Fin novembre, ce chiffre était tombé à 2,554 milliards, une baisse de 10% en quelques mois. Les coupures de haute valeur, comme le 100€, mettent toujours plus de temps à revenir en banque : elles servent souvent de réserve et traversent parfois les frontières, échappant encore longtemps au recyclage.

Billet 200€

Lors de la mise sur le marché de la nouvelle série, en mai 2019, 3,41 millions de billets de 200 euros ES2 ont été émis. À la même date, 129,18 millions de billets étaient encore en circulation.

Le retrait des anciennes coupures a débuté simultanément, alors que 281,26 millions de billets ES1 de 200€ circulaient. Cette coupure est bien plus rare que celle de 100€ : au plus fort de sa diffusion, elle ne représente qu’un dixième du billet de 100€. Au 30 novembre 2019, on comptait encore 260,14 millions de billets de la première série, soit une baisse de 7% seulement en quelques mois. Comme pour le 100€, le 200€ reste longtemps hors du circuit bancaire, souvent thésaurisé, et peut être échangé sans limite de temps, notamment dans les pays où l’on accepte encore le change des anciennes devises, comme le fait la Bundesbank avec le Deutsche Mark.

Billet 500€, courbe atypique

Le billet de 500 euros, lui, suit une trajectoire bien particulière. Non seulement il n’a pas été reconduit dans la nouvelle série, mais la BCE a mis fin à sa production dès janvier 2019. Pourtant, il conserve son statut de monnaie légale et continue de circuler, même si chaque retour en banque centrale signe sa disparition.

Pourquoi cette suppression ? Les autorités européennes l’ont pointé du doigt comme un outil prisé par les réseaux criminels et le financement illicite. Son pic d’émission a eu lieu en décembre 2015, avec 613,55 millions de billets en circulation. L’arrêt de la production semble avoir précédé l’annonce officielle : déjà en 2018, le stock diminuait, mais une légère hausse de 507 à 521 millions de billets en février 2019 laisse penser à la constitution de réserves stratégiques dans les coffres européens.

En 2014, seule la banque centrale autrichienne imprimait encore cette coupure, pour 85 millions de billets. Depuis, la planche à billets s’est tue. Fin novembre 2019, 451,91 millions d’exemplaires circulaient encore. Comme le 200€, le billet de 500 euros reste longtemps hors d’atteinte des banques centrales, stocké, parfois bien loin du continent. Les collectionneurs et les discrets n’ont pas fini de le faire vivre.

Alors que la plupart des billets de la première série disparaissent peu à peu dans l’anonymat du recyclage, certains continuent leur chemin, portés par la confiance, la prudence, ou la nostalgie. Difficile de prédire la date de leur disparition complète : tant que le cash gardera ses adeptes, ces coupures survivront, témoins silencieux d’une époque où l’argent s’attrapait encore du bout des doigts.