Quand l’un des deux membres d’un couple perd son emploi avec un salaire de 1 350 euros net, le budget du foyer encaisse un choc immédiat. L’allocation chômage ne compense jamais la totalité du salaire, et les charges fixes, elles, ne baissent pas. Comprendre précisément ce que verse France Travail, puis identifier les aides complémentaires, permet d’anticiper la baisse de revenus au lieu de la subir.
Allocation chômage pour 1 350 euros net : ce que le foyer perçoit réellement
Le calcul de l’ARE (Aide au Retour à l’Emploi) part du salaire brut, pas du net. Pour un salaire net d’environ 1 350 euros, le salaire brut se situe aux alentours de 1 730 euros. France Travail divise l’ensemble des rémunérations brutes perçues sur les 24 derniers mois par le nombre total de jours calendaires de cette période, y compris les jours non travaillés.
Ce résultat donne le salaire journalier de référence (SJR). Deux formules de calcul coexistent ensuite, et France Travail retient la plus favorable. La première applique un taux de 40,4 % du SJR auquel s’ajoute une part fixe journalière. La seconde correspond à 57 % du SJR. Pour les bas salaires, c’est généralement la seconde qui s’applique.
Concrètement, l’ARE nette tourne autour de 74 % du salaire net antérieur pour ce niveau de rémunération. Sur une base de 1 350 euros net, cela représente environ 1 000 euros par mois versés au demandeur d’emploi. Le plancher minimum d’ARE journalière protège les plus bas salaires, mais le montant reste sensiblement inférieur au dernier salaire.

Budget du couple après la perte d’emploi : les postes qui basculent
Vous percevez peut-être l’allocation chômage comme un simple remplacement de salaire. Le mécanisme est plus complexe pour un foyer. La baisse de revenus déclenche une série d’effets en chaîne sur d’autres lignes du budget.
Cotisations sociales et impôt sur le revenu
L’ARE est soumise à des retenues sociales, mais celles-ci restent inférieures aux cotisations prélevées sur un salaire. Le prélèvement à la source, lui, continue de s’appliquer sur l’allocation. Le taux reste celui calculé sur les revenus de l’année précédente pendant plusieurs mois, ce qui peut créer un décalage : le foyer paie un impôt basé sur deux salaires alors qu’il n’en perçoit plus qu’un.
Pensez à demander une modulation du taux de prélèvement à la source directement sur le site des impôts. Cette démarche prend effet sous quelques semaines et ajuste le montant prélevé à la situation réelle.
Aides au logement et prestations sociales
La CAF a basculé depuis plusieurs années vers un calcul des APL fondé sur les revenus contemporains (et non plus ceux datant de deux ans). La baisse de revenus liée au chômage se répercute donc plus vite sur le montant de l’aide au logement. Pour un couple dont les revenus chutent, le recalcul des APL intervient de façon automatique tous les trois mois.
Selon la composition du foyer et le loyer, cette aide peut augmenter de façon significative et partiellement compenser la baisse de revenus. Aucune démarche spécifique n’est nécessaire si le foyer est déjà allocataire.
Prime d’activité et cumul ARE : un levier souvent ignoré par les couples
Quand un seul membre du couple est au chômage et que l’autre travaille, la situation ouvre parfois droit à la prime d’activité. Cette prestation est calculée sur les revenus de l’ensemble du foyer, pas uniquement sur ceux de la personne en emploi.
- La prime d’activité tient compte du salaire du conjoint qui travaille, de l’ARE perçue par le demandeur d’emploi, et des éventuelles autres ressources du foyer.
- Son montant dépend d’un bonus individuel lié à l’activité professionnelle de chaque membre. L’ARE seule ne génère pas de bonus, mais le salaire du conjoint oui.
- La demande se fait en ligne sur le site de la CAF, avec une déclaration trimestrielle de revenus. Le versement débute le mois suivant la demande.
La prime d’activité peut représenter un complément de plusieurs dizaines d’euros par mois pour un couple dont les revenus totaux restent modestes. Ne pas la demander revient à laisser de l’argent sur la table.

Fin de droits ARE pour un couple : les plafonds RSA à connaître
Pour un couple à bas revenus, la question de la fin de droits se pose de manière concrète. Que se passe-t-il quand l’allocation s’arrête et que le retour à l’emploi n’a pas eu lieu ?
Le foyer peut alors basculer vers l’Allocation de solidarité spécifique (ASS) ou, à défaut, vers le RSA. Les conditions de ressources s’apprécient au niveau du couple. Pour l’ASS, les ressources mensuelles du foyer ne doivent pas dépasser un plafond fixé réglementairement pour les couples. Si le conjoint travaille et perçoit un salaire supérieur à ce plafond, l’ASS est exclue.
Le RSA constitue le dernier filet de sécurité. Son montant forfaitaire s’élève à 977,54 euros par mois pour un couple sans enfant. Ce montant est différentiel : la CAF déduit les autres ressources du foyer pour calculer ce qui est effectivement versé. Si le conjoint perçoit un salaire, le RSA versé sera faible, voire nul.
Tableau récapitulatif : revenus du couple avant et pendant le chômage
| Poste | Avant perte d’emploi | Pendant l’ARE | Après fin de droits |
|---|---|---|---|
| Salaire membre 1 | 1 350 euros net | 0 euro | 0 euro |
| ARE membre 1 | 0 euro | Environ 1 000 euros | 0 euro (ASS ou RSA selon situation) |
| Salaire membre 2 (exemple) | 1 400 euros net | 1 400 euros net | 1 400 euros net |
| APL (estimation variable) | Faible ou nulle | Revue à la hausse | Revue à la hausse |
| Prime d’activité | Possible | À recalculer | À recalculer |
Ce tableau illustre un scénario courant. Les montants exacts dépendent du loyer, du nombre d’enfants et de la zone géographique. L’ordre de grandeur montre une perte nette de plusieurs centaines d’euros par mois dès le passage au chômage, puis un nouveau palier de baisse en fin de droits.
Pour un couple qui vivait avec deux salaires modestes, la perte d’un revenu de 1 350 euros net ramène le budget à un niveau où chaque aide compte. Déclarer rapidement le changement de situation à la CAF, moduler le prélèvement à la source et vérifier l’éligibilité à la prime d’activité sont trois actions à mener dans les jours suivant la perte d’emploi.

