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Devenir rentier

23 décembre 2010 · 8 commentaires

Dans la continuité logique de mon article sur la diversification, j’ai eu le plaisir que Philippe, du site devenir-rentier.fr, réponde à mes questions. Vous y trouverez, j’espère, de nombreux conseils utiles!

1° ) Bonjour Philippe, heureux de t’accueillir sur le site de l’Investisseur débutant, une petite présentation s’impose.

Bonjour ! Je ne sais pas si je suis brillant au point de mériter une interview. Je viens d’avoir 31 ans et travaille comme consultant informatique freelance depuis 4 ans, après 6 ans de salariat. Je « possède » aussi 3 sites Internet, dont www.devenir-rentier.fr qui est à ma connaissance la première communauté francophone en ligne autour de la thématique des investissements pour devenir rentier. Je suis aussi l’auteur du livre Devenir rentier en dix ans. Ma formation initiale est un DUT informatique, que j’ai complété par 3-4 années de formation continue (licence Informatique, Maitrise MIAGE, Master en Management des SI).

2°) Comment t’es venu l’idée de ce projet insolite de devenir rentier à 40 ans, puisqu’il s’agit de bien là de la thématique de ton blog ?

Ca m’est venu vers 25 ans. Je me suis beaucoup investi dans mon travail comme salarié, pour m’apercevoir que ça n’était pas forcément payant, que le monde du travail était finalement souvent injuste et hypocrite, alors que j’avais une certaine déontologie. Naïf, je pensais que la récompense attendait systématiquement un travail de qualité et diligent.

Mais en fait il n’y a pas de règle, rien est acquis. Vous pouvez travailler dur et avoir une promotion, comme vous retrouver à la porte suite à une fusion-acquisition ou d’autres événements exogènes sur lesquels vous n’avez aucun contrôle. Certes avec une bonne employabilité, vous retomberez vite sur vos pieds. Mais je trouve hypocrite que les entreprises vous demandent une loyauté qu’elles ne desservent pas à votre égard.

De fait, me débarrasser d’un emploi aliénant est devenu une priorité pour moi. Une stratégie aurait pu être de changer, et faire un travail qui répond plus à mes attentes. Mais j’ai choisi de partir en quête de l’indépendance financière.

Ce choix a été conforté quand j’ai vu des personnes de mon entourage confrontées au chômage de longue durée et à ce qui en découlent (perte de confiance en soit, humiliation à « quémander » du travail et problèmes financiers).

3°) Es-tu surpris par l’engouement et le succès du forum que tu gères sur ce blog ?

Succès, le mot est peut-être un peu fort. Par rapport à quoi ? Quantitatif, qualitatif ?

Sur le plan quantitatif, je gère un site sur une autre thématique qui fait 8000 visites / jour et où le leader (un amateur aussi) en fait 15 000. Les 1000 visites / jour de www.devenir-rentier.fr font modestes en comparaison.

Sur le plan qualitatif, il y a une vraie dynamique qui s’est créée grâce à quelques intervenants initiaux érudits, et il y a vraiment des échanges enrichissants et pointus. C’est très appréciable et agréable.

Je suis moyennement surpris car j’ai déjà « créé » et « administré » une communauté (sur une autre thématique) en 1999-2006, avec les mêmes « ingrédients » : courtoisie, simplicité, passion et pas de publicité. Mais j’ai fini par être lassé car « débordé » par le succès. Trop de trafic, trop de discussions « polémiques », trolls, etc. Au final, je passais beaucoup de temps en modération, les meilleurs intervenants ont fui lassés par les questions de « débutants » auxquels ils ont déjà répondu 15 fois, je n’apprenais plus rien et en plus ça me coutait de l’argent (étant donné l’absence de publicité,  je ne gagnais rien, alors que du fait de l’augmentation de trafic, il fallait toujours plus de ressources et à l’époque ça coutait cher).

Je ne sais pas si www.devenir-rentier.fr, aura le même « succès », mais cette fois-ci le modèle économique est clair : pas de publicité sur les forums, mais une partie « Boutique » sur le site où je vends mes services et produits. La pérennité est donc assurée et pour les intervenants c’est transparent, ils savent que leurs interventions sur les forums ne seront jamais « monnayés » par le biais d’encarts publicitaires.

4°) Comment as-tu acquis ta culture financière ? Des formations, des lectures… ?

Par la pratique (premières actions et premières gamelles en 2000 !), énormément de lectures et certains cours dans le cadre de ma Maitrise MIAGE.

Beaucoup de livres ont été plus « confusant » qu’autre chose, car c’est rare d’avoir un livre qui donne une approche structurée de bout en bout, sans compter les auteurs qui ont des approches totalement différentes.

Tu lis Peter Lynch, tu te dis il faut un portefeuille très diversifié, tu lis les ouvrages autour de Warren Buffet, tu te dis qu’il faut un portefeuille très concentré… D’autres livres parlent de cours limité, de SRD, de premier marché et passent complètement à coté de ce qu’est vraiment l’investissement en actions.

Aujourd’hui, pour toutes personnes qui veulent investir en bourse, je recommande quatre livres :

  • « L’investisseur intelligent« , dont tu as déjà parlé. Impossible à décrire tellement il est riche d’informations et concepts.
  • « Les Placements de l’épargne à long terme« , qui est un must pour comprendre l’intérêt de la diversification dans une stratégie patrimoniale.
  • Mon livre : « Devenir rentier en dix ans« , pour le chapitre qui explicite pourquoi et comment se construire un portefeuille d’actions diversifiées.
  • « Mémoires d’un spéculateur« , qui est écrit comme un roman et montre qu’il y a déjà un siècle, la spéculation était présente, tout comme les « pigeons ». Ca aide vraiment à prendre du recul et relativiser.


5°) Afin d’aider les personnes désireuses de parfaire leurs connaissances et leurs savoirs-faires dans la gestion de leur patrimoine, tu as développé tes propres outils. Peux-tu nous les présenter ?

Je propose deux outils. Un gratuit et un payant.

Pour le gratuit :

En phase avec l’objectif de diversification, je me suis intéressé de plus en plus aux actions étrangères, mais je ne trouvais pas d’information centralisée sur celles-ci.

J’ai donc créé ma propre base de données, dont je diffuse une partie du contenu sur Devenir rentier :

-          http://www.devenir-rentier.fr/bourse_actions_ue pour les actions européennes

-          http://www.devenir-rentier.fr/bourse_actions_us pour les actions américaines/canadiennes

-          http://www.devenir-rentier.fr/bourse_actions_au pour les actions asie/pacifiques

Grâce à celle-ci, j’arrive à construire facilement une short-list d’actions internationales qui présentent une configuration intéressante, dans une optique d’achat à long terme. Je diffuse gratuitement chaque semaine cette short-list sur le blog Devenir rentier.

Pour le payant :

Etant attentif à l’équilibre dans la diversification de mon portefeuille d’actions, j’utilise Excel et calcule avant chaque nouvel investissement mon allocation sectorielle, géographique ou en devises. J’ai développé des macros pour télécharger les cours, construire des reportings, aussi bien pour les actions françaises qu’internationales (qui souvent ne sont même pas référencé sur Boursorama).

Etant assez content de mon outil, je l’ai mis en vente sur le site, au prix de 19,90 €. Il intéressera toute personne avec un portefeuille d’actions de plus d’une dizaine de lignes.

6°) Dans ta stratégie tu mets fortement en avant l’importance de l’allocation d’actifs ? Peux-tu nous en dire un mot ?

Concrètement vous avez deux approches.

Soit vous avez vraiment une approche d’investisseur pur, comme le fait par exemple http://blog.daubasses.com/ Dans ce cas, vous achetez des sociétés qui cotent sous leur valeur intrinsèque, vous attendez (ça peut prendre un certain temps !) et vous revendez quand le cours est égale à la valeur intrinsèque. Cela suppose d’être capable d’évaluer cette valeur intrinsèque… Avec une telle approche, l’allocation d’actifs n’est pas tant importante. C’est aussi avec ce type d’approche que vous pouvez espérer des gains hors normes (+ de 10% par an).

Soit votre objectif est suivre grossièrement les tendances longues : la bourse qui rapporte 8-10% annualisé, l’immobilier de qualité autour de 8-10%, les obligations d’Etat autour de 5-6%, le monétaire autour de 3-4%, etc. Seulement il s’agit de tendances long terme : nous avons des périodes plus ou moins longues où le rendement attendu est loin du rendement historique.

Dans ce cas, par des phénomènes de compensation, une allocation d’actifs bien choisie vous aidera à atteindre une performance globale, proche de la moyenne pondérée de la performance long terme de chacune de vos classes d’actifs.

Typiquement, plutôt qu’être 100% actions et se prendre le crack de 2000 ; ou être 100% immobilier parisien et se prendre le crack de 1990, nous pouvons penser que la sagesse est  d’être 50% action 50% immobilier. Mais il arrive aussi que l’immobilier baisse en même temps que les actions : dans ce cas en général les obligations montent, donc pour être confortable quelque soit le contexte économique, c’est bien d’en avoir aussi.

De la même façon, à l’intérieur de chaque classe d’actif, nous avons aussi des allocations sectorielle, géographique, etc. Avec toujours la même idée en tête : diminuer la volatilité en utilisant les phénomènes de compensation, tout en conservant une bonne performance globale.

Ainsi, depuis la crise de 2008, très souvent quand le $ baisse, les actions européennes ou américaines montent et vice-versa. En ayant des actions américaines en portefeuille, nous diminuons la volatilité de la classe actions de son allocation d’actifs.

7°) Dans ton livre ou sur le blog, tu prônes le principe de la diversification, que ce soit au niveau des actifs, ou bien à l’intérieur de la poche « actions » (55% du patrimoine). Concrètement comment le mets tu en œuvre ?

Mon allocation d’actifs stratégique est :

  • 45% actions internationales (avec une préférence pour les actions hors zone €)
  • 10% immobilier au travers de foncières cotées internationales
  • 35% en obligations au travers de fonds Euros
  • 10% en livrets (CEL, PEL, Livret A, etc)

C’est un bon compromis entre performance et volatilité, et cela protège un peu en même temps des changements fiscaux.

Un patrimoine plus important pourra se diversifier à d’autres classes d’actifs ou selon votre sensibilité (et éventuellement vos anticipations dans l’avenir ou les valorisations de marché) vous pouvez avoir moins d’actions et/ou plus d’immobilier et/ou obligations.

Même si les statistiques historiques de corrélations et performances nous aident, il n’y a pas d’allocation d’actifs « universelle ».

8°) Peux-tu nous expliquer comment tu sélectionnes les actions que tu vas acheter ? Tu choisis un secteur, puis l’action ? Sur quels critères ?

Au fur et à mesure, j’ai « industrialisé » la chose.

L’objectif c’est 6% mini net / an pour mon patrimoine total avec une faible volatilité. Plus précisément pour la classe d’actifs « Actions », il s’agit d’avoir une performance proche de l’indice MSCI World avec une volatilité moindre.

Mes secteurs préférés sont la santé, les biens de consommations de base, l’énergie, les services de télécommunications, les foncières cotées et éventuellement les services aux collectivités.

Mes valeurs préférées sont les leaders internationaux comme Coca Cola, Royal Dutch Shell, Unilever, Air liquide, Sanofi-Synthélabo, etc.

En général, ce type de valeurs se paye chère. Mais comme mon univers d’investissement est « mondial » (dans les limites imposées par mon courtier) et grâce à mes outils, chaque fois que j’ai de la trésorerie à placer, je trouve toujours une valeur à acheter.

Pour les critères quantitatifs, le critère de base c’est que l’action soit sur un point bas (ou équivalent du fait d’une parité favorable pour une action étrangère). Sur ce type d’actions, s’il y a un point bas, c’est généralement soit à cause d’une « bad news » (avertissement sur résultats, rappel de produits), soit par un effet de contagion (exemple Exxon Mobil après l’affaire BP). En général tout rentre dans l’ordre au bout de quelques mois, et cela permet  « d’attraper » une bonne valeur à prix correct. Le terme « savant » de cette approche c’est GARP : Growth At Reasonnable Price.

J’utilise aussi d’autres critères quantitatifs, notamment des ratios « maison » inspirés de l’EV/Ebitda. Mais fondamentalement ça ne change pas grand-chose. Quand Coca Cola touche un point bas, je ne tergiverse pas trop sur les ratios pour l’acheter. Par contre, si j’ai le choix entre plusieurs valeurs ou si c’est une valeur avec un historique moins prestigieux, là je regarde les ratios.

Je m’efforce de garder une diversité géographique, sectorielle ou devise, mais je reste souple selon les opportunités, sauf sur mon allocation d’actifs stratégiques où plus mon patrimoine augmente, plus je suis rigide.

9°) Quels sont tes critères de vente ?

La vente m’a causé des questions existentielles par le passé, d’autant que fiscalement, hors PEA, ça fait (très) mal.

Aujourd’hui, je me concentre sur l’achat à bon prix de sociétés solides acycliques, capables de générer au travers de leurs dividendes une rente croissante et pérenne. Ainsi, je n’ai plus à me préoccuper de la vente : je garde et c’est tout.

De toute façon sur ce type de valeurs, il n’y a pas de +100% à faire, comme sur des valeurs plus sportives, comme Natixis ou autres. Donc, la question de la vente est moins préoccupante.

10°) La stratégie que tu mets en place peut-elle être utilisée par un investisseur novice ? Pourquoi ?

Je ne vois rien de compliqué dans ce que je fais, d’autant que je mets tous les outils à disposition. Ceux qui lisent mes reportings mensuels peuvent se rendre compte du faible nombre et de la simplicité de mes opérations : renforcement fonds euros, achat d’une action, renforcement livrets…

Cependant après avoir lu mon livre, on m’a parfois posé des questions triviales, donc je ne sais pas. Quand on est passionné, on ne sait plus ce qui est simple ou non : tout semble « facile » et on en oubli les centaines d’heures passées à lire et à apprendre.

11°) Quels conseils pourrait-tu donner à tous ceux qui sont frileux au sujet de l’investissement en bourse ?

Plus que l’investissement en bourse, ce qui est important c’est d’avoir conscience de son allocation d’actifs.

L’intérêt pour la bourse devrait découdre naturellement.

Je ne connais pas autre chose qui permettent en 3 clics de souris d’investir dans l’immobilier en Australie, les télécom chinois ou l’industrie pharmaceutique américaine… Une telle diversification est simplement impossible avec d’autres actifs.

Merci pour cette interview. En espérant vous avoir apporter quelque chose.

Encore un grand merci à Philippe pour la simplicité et la précision de ses réponses.

Cela vous ouvre-t-il de nouvelles perspectives?

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Catégorie(s) : Avis d'expert · Conseils lectures · Patrimoine

8 réponses pour le moment ↓

  • 1 jerome F. // 24 décembre 2010 à 02:15

    Félicitation à vous 2 car c’est vraiment un très bon échange, très instructif.
    @fabrice: – Il te faudra à peu près 15 ans (si je calcule bien) pour devenir rentier?
    - Tes premiers échecs ont ils été salvateurs pour tu sois encore plus performant désormais? ça montre qu’on est tous des hommes et qu’on peut tous rebondir ensuite.

  • 2 Mac // 24 décembre 2010 à 04:13

    Très bonne entrevue!
    J’aime particulièrement les critères de vente, cela me réconforte avec mon approche vis à vis de la bourse… :cool:

  • 3 Fabrice // 24 décembre 2010 à 09:37

    Merci Etienne.

    @Jérome

    1) Cela dépend de combien j’épargne chaque mois. Si l’année 2010 se répétait, aussi bien en terme d’épargne que de performance que de fiscalité, dans 5 ans c’est bon. Mais je ne rêve pas. Avec la hausse de la fiscalité qui nous attend, qui sais s’il ne faudra pas 10, 20 ou même 30% de capital en + pour générer le même flux annuel net d’impôt ?

    2) Plus performant ce n’est pas difficile, vu que j’ai perdu 95% de mes premiers « investissements ». Je suis surtout bcp plus prudent. Auparavant je pensais que la bourse était le moyen pour me rendre riche. J’en suis revenu. :-) Ça aide à atteindre l’objectif, mais l’essentiel n’est pas là, surtout quand on démarre à partir de rien.

  • 4 Joel // 26 décembre 2010 à 17:48

    J’ai l’impression de me reconnaitre au début. Surtout dans la partie « déception du monde de l’entreprise » que hélas je ne peux que confirmer…

    Cette interview est très intéressante, Fabrice a vraiment l’air dévoir la tête sur les épaules. Je vais donc découvrir ce Forum+Blog avec beaucoup d’intérêt.

  • 5 chroom // 30 décembre 2010 à 11:23

    Plus performant ce n’est pas difficile, vu que j’ai perdu 95% de mes premiers « investissements ». Je suis surtout bcp plus prudent. Auparavant je pensais que la bourse était le moyen pour me rendre riche. J’en suis revenu.
    Pareil pour moi ;-) Pris pas mal de gamelles au début, puis encore quelques unes par la suite, ce qui m’a amené à être plus prudent et à réviser les échéances de mes objectifs du pointe de vue d’une autonomie financière. Espérons que les années « vingt » de ce siècle soient aussi folles que celles du 20e siècle ! ;-)

  • 6 Investisseur débutant // 30 décembre 2010 à 21:03

    Des gamelles profitables, donc…à long terme bien sûr!

  • 7 Michel DELOBEL // 17 janvier 2011 à 17:18

    Interview très intéressante, et je vais de ce pas faire un tour sur le site de Fabrice.

    Mais je reviendrai ici :-) D’ailleurs, m’autorisez vous à mettre un lien vers votre blog sur mon site ?

  • 8 Investisseur débutant // 17 janvier 2011 à 18:07

    Avec plaisir

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