
Aujourd’hui je suis heureux de donner la parole à un lecteur du blog, Serge. Mais rassurez vous ce n’est pas le même…
1°) Bonjour Serge, je suis heureux de t’accueillir sur Investisseurdebutant.com. Pour commencer, les traditionnelles présentations : qui es-tu ? Depuis quand investis-tu en bourse ? Quelles ont été tes motivations au départ?
Bonjour Etienne.
J’ai 27 ans, je suis une personne comme tout le monde, sans atout particulier.
J’exerce aujourd’hui la fonction de président de la société International Advisors – Value Investment Partnership, que j’ai co-fondée fin août 2011, après avoir travaillé 4 ans et demi en tant qu’ingénieur en informatique, puis consultant en finance. J’ai crée cette société pour me dévouer à 100% à une activité dans un domaine qui me passionne, la finance, et parce que je souhaite la pratiquer comme elle doit l’être dans mon propre idéal, indépendamment de ce que pense mes employeurs et des contraintes de gains à court-terme.
Par ailleurs, cette activité étant génératrice d’un cash-flow excédentaire, je suis responsable de l’allocation de ce capital, qui est investi en bourse à long-terme pour maximiser les retours sur investissement de nos actionnaires.
J’investis en bourse depuis maintenant plus de 8 ans. Je m’y suis intéressé parce qu’un nombre significatif de gens dont j’ai vaguement entendu parler, comme Warren Buffett ou Peter Lynch arrivaient à s’enrichir et à enrichir les autres, indépendamment des crises à répétitions. J’ai lu ce que ces personnes avaient à raconter sur la bourse, étudié comment elles avaient fait pour en arriver là, et, étonnamment, leur méthodologies m’ont paru si sensées et évidentes que je me suis dit : « Et pourquoi pas moi ? ».
2°) En quoi consiste cette société que tu présides ?
International Advisors délivre aujourd’hui des prestations haut de gamme en finance et en organisation pour des clients institutionnels, comme les services aux investisseurs du Crédit Agricole par exemple.
Mais notre ambition et notre raison d’être n’est pas limitée à cela. Notre mission est d’aider un maximum de personnes à réussir financièrement, pour leur permettre de se concentrer sur les choses les plus importantes de la vie et lever leurs inquiétudes budgétaires. C’est notre seule priorité, et nous ne voulons pas aider uniquement des sociétés ou des personnes aisées.
Comme nous comprenons tout à fait que certaines personnes souhaitent gérer leur argent elles-mêmes, nous délivrons un service supplémentaire de conseil en investissements aux particuliers. En gros, en fonction de ses besoins et du capital qu’il peut véritablement allouer à l’investissement, nous leurs disons quoi acheter et pourquoi, à quel prix et nous l’informons aussi au moment où nous pensons qu’il devient opportun de vendre.
Mais ce service ne s’adresse qu’aux personnes morales ou physiques étant en mesure d’investir.
C’est pourquoi nous avons récemment décidé de lancer une offre pour accompagner toute personne, PME et TPE pour la réalisation de leurs objectifs financiers, quelque soient leurs connaissances, compétences, ou rémunération. Elle est accessible à tous parce que nous ne nous rémunérons qu’aux résultats. Nous réalisons déjà cette prestation pour un client particulier et une société. Pour plus d’informations à ce sujet, il est possible de me contacter à travers notre société (contact@ia-vip.com). Le site est en cours de refonte et sera aussi bientôt disponible.
A moyen terme, nous monterons un hedge fund Value Investment Partnership.
3°) Quelle est ta formation dans le domaine de la finance ?
Autodidacte.
J’ai commencé à l’apprendre par moi-même à 18 ans parce que j’ai compris, en faisant des petits boulots pendant mes études, que, parce que je n’avais pas de talents extraordinaires ou d’idées de génie facilement réalisables, j’allais très sérieusement galérer toute ma vie si je ne me formais pas à la finance. Je me suis mis à lire beaucoup par moi-même, à dévorer tout ce qui me tombait sous la main sur le sujet.
Plus tard, j’ai fait quelques cours de finance d’entreprise et de marché aux USA pendant ma dernière année d’études supérieures parce qu’il fallait bien prendre des cours pour valider le diplôme ! Donc je l’ai fait pour faire plaisir à mes parents, mais, pour être tout à fait franc, je n’y ai absolument rien appris d’utile. Il m’a fallu désapprendre très rapidement !
Je suis en fait ingénieur de formation, j’ai fait l’Ecole Supérieure d’Electricité (Supélec), avec une dernière année aux USA, au Georgia Institute of Technology.
4°) Si tu devais te définir, quel type d’investisseur es-tu ?
Je suis un investisseur value. C’est vague parce que beaucoup de gens disent qu’ils le sont aujourd’hui, donc je vais essayer de préciser un peu.
J’investis uniquement à long-terme et je m’efforce d’acheter des sociétés décotées par rapport à au moins l’un des points suivants :
- La valeur de leurs actifs
- La valeur de leur capacité bénéficiaire
- La valeur de leur croissance rentable
J’essaie d’être très prudent sur la croissance et l’achète au maximum pour un prix raisonnable, c’est-à-dire 0. Pour le reste, je recherche une marge de sécurité d’au moins 50%.
5°) Quel type d’actions, quelle stratégie privilégies-tu actuellement ?
Je ne privilégie pas spécialement les actions sur d’autres instruments, même si, la plupart du temps, mon portefeuille comprend bel et bien des actions. Je suis ouvert à toute opportunité (obligations, convertibles, certificats, warrants à très long terme) pour peu qu’il y ait toujours la notion de marge de sécurité, sur laquelle je ne transige pas. Par exemple, si un warrant qui expire dans 10 ans est moins cher par rapport à sa valeur intrinsèque que son action sous-jacente, j’achèterai le warrant.
J’ai un portefeuille concentré par construction, parce qu’il n’est pas forcément facile de trouver un grand nombre d’actions intéressantes avec une grande marge de sécurité, et parce qu’il faut que je comprenne à peu près le business dont il est question pour comprendre comment la société va enrichir ses actionnaires. Comme, en plus, je n’achète pas d’actions avec une marge de sécurité plus petite que le reste de mon portefeuille, cela me force à rester sur quelques meilleures idées.
Je privilégie par ailleurs, pour tous les instruments, les situations spéciales telles que les spin-offs, les spin-offs partiels, les restructurations d’entreprises et les fusions-acquisitions (si elles sont accompagnées de l’émission de merger securities uniquement). Pourquoi ?
Parce qu’il peut exister des centaines, voire des milliers d’actions ou autres instruments sous-évalués sur les marchés mondiaux, et le gap entre prix et valeur peut se maintenir pendant un temps indéterminé si ces sociétés ne sont pas extrêmement visibles sur le marché.
Ce qui est bien dans les situations spéciales, c’est qu’il existe au moins un catalyseur susceptible de déclencher la fermeture du gap prix/valeur, et je pense que c’est un atout immense en faveur de l’investisseur.
Cela dit, je ne m’interdis pas de regarder d’autres situations.
6°) Comment en-es tu venu à t’intéresser à l’investissement dans la valeur?
Comme je l’ai mentionné, je me suis intéressé à ceux qui ont réussi en bourse. Hormis Georges Soros, dont je ne comprends pas l’activité, tous les autres investisseurs ont adopté la philosophie de l’investissement dans la valeur. Ils ont un même père, Ben Graham, donc il ne s’agit pas d’un hasard. J’ai donc lu ses bouquins : L’investisseur intelligent, L’interprétation des états financiers et Security Analysis: Principles and Technique
. Après cela, je me suis dit que j’étais prêt pour ne pas perdre d’argent, donc tout ce qui peut arriver d’autre ne peut être que du bon !
7°) Quels sont les critères fondamentaux d’analyse qui te permettent de te porter acheteur sur un titre ?
Je vais me répéter volontairement pour apporter quelques précisions juste après.
J’achète des instruments de sociétés décotées par rapport à au moins l’un des points suivants :
- La valeur de leurs actifs
- La valeur de leur capacité bénéficiaire
- La valeur de leur croissance rentable
Concrètement, pour la valeur des actifs, le raisonnement va être du type : l’action de la société X se vend à 1$, mais je pense que la société a au moins 2$, peut être même 3$ par action d’actifs visibles ou cachés nets de dettes. Je vérifie que la société ne va pas les consommer avec des pertes démentielles. Si c’est OK, j’achète. Celles là sont mes favorites parce que les actifs sont déjà là, je dois juste attendre que le marché les reconnaisse à leur juste valeur.
Pour la capacité bénéficiaire, je vais essayer de comprendre si la société peut ou non maintenir ses profits constants. Si j’ai une société qui le peut et que son retour sur capitaux propres est très élevé, et que je peux l’acheter à un multiple raisonnable, je prends.
Par exemple, si ton analyse te dit que le retour sur capitaux propres est de 20 % ou plus, que tu peux acheter la société pour le prix de ses capitaux propres, et que tu établis de manière convaincante que la situation va durer, tu es quasi-certain de faire un retour sur investissement égal à ton retour sur capitaux propres. 20% ou plus par an, c’est loin d’être répugnant, pas vrai ?
Pour la croissance rentable, il faut s’assurer que la croissance peut continuer, ce qui n’est jamais 100% certain. Et il n’y a aucune raison pour que je sache mieux que tous les experts de ce monde quelle sera la croissance future d’une société : le monde change vite, la concurrence accrue empêche la prise facile de parts de marchés, etc…
Pour se prémunir contre de mauvaises surprises, je prends aujourd’hui les sociétés à croissance dont le PER est celui d’une société qui n’en a pas, soit 8,5 maximum d’après Ben Graham. Ou bien une société en croissance que je peux acheter pour le simple prix de ses actifs, ce qui arrive souvent lorsque tu as des actifs cachés qui ne figurent pas dans leur bilan, comme les entreprises qui détiennent des chaînes câblées, et dont les abonnés sont l’actif principal. Si je paie 0 pour la croissance, je suis certain de me mettre à l’abri des mauvaises surprises du type « la croissance est inférieure aux attentes ». C’est assez conservateur, peut être trop restrictif, mais j’ai appris à mes propres dépens que je ne devais pas faire autre chose dans ce secteur là.
8°) Quel a été ton meilleur investissement ? Pourquoi ?
Bien que ce ne soit pas l’action qui ma rapporté le meilleur rendement annualisé pendant sa durée de détention, je pense que c’est Apple.
En 2003, l’action se négociait moins cher que son cash net de dettes, à la suite de résultats légèrement décevants et d’une spéculation sur la volonté de la société de racheter Vivendi.
La société avait un cash-flow positif malgré tout, et, même si la spéculation s’avérait vraie, la société devait facilement valoir trois fois plus par rapport à la capacité bénéficiaire du groupe, même avec les intérêts à payer sur les dettes de Vivendi. Mais franchement, je ne voyais pas Steve Jobs être assez bête pour vouloir acheter Vivendi. J’ai simplement fait l’exercice au cas où. Je connaissais les produits parce que je voyais des i-Pod tout autour de moi. Les marges étaient bonnes, donc je ne voyais vraiment pas ce qui pouvait mal tourner ici.
Ca s’est merveilleusement bien passé comme nous le savons aujourd’hui. Je pense que c’est mon meilleur investissement parce qu’il répond parfaitement à tous les critères de la philosophie value telle que je la conçois. C’est tout simplement le cas d’école parfait et je suis rassuré de voir par les faits que je suis capable d’en reconnaître au moins un !
9°) Et le pire… ?
Très bonne question. Tu vas maintenant comprendre pourquoi je pinaille sur les perspectives de croissance et insiste pour ne plus jamais la surpayer.
Tu as le droit de te moquer ; je le mérite sur ce « coup » là : figure toi que j’ai été assez stupide pour acheter AMD début 2010, parce que je pensais qu’ils faisaient, en plus de bonnes cartes graphiques, de nouveaux très bons processeurs pour les serveurs, avec de nombreux avantages compétitifs sur Intel, dont le prix. Vu les commandes, j’étais capable de projeter à peu près leur croissance.
Tout ça était peut être vrai, mais ce que j’ai omis de prendre en compte dans mon élan d’enthousiasme, c’est qu’AMD ne pouvait pas faire sa marge pour vivre. C’est justement l’avantage compétitif d’Intel sur AMD et ce qui fait qu’Intel l’emportera toujours sur ce marché, comme l’explique en détail le livre Investir dans la valeur de Bruce Greenwald. Ce livre est tombé dans mes mains mi 2010 et j’ai vendu ma position sans autres considérations, tout à fait convaincu de l’argumentaire qui y était exposé (NDLR : il y a un chapitre entier du livre consacré l’avantage concurrentiel avec l’exemple d’Intel et AMD). J’ai réalisé ma moins value de 30% et je m’estime heureux de ne pas avoir perdu plus d’argent que cela et je ne prendrai plus jamais de risques sur des hypothèses de croissance d’une entreprise. Je n’ai aucun atout là-dessus par rapport aux analystes de Wall Street, quel que soit le secteur. A partir de ce constat, je dois forcément payer le prix maximal de 0 pour une croissance.
10°) Que trouve-t-on dans ta bibliothèque ?
Beaucoup de bons livres, mon auteur préféré étant Joel Greenblatt. Voici quelques recommandations :
- Peter Lynch : One Up On Wall Street
(en français Et si vous en saviez assez pour gagner en Bourse
) et Beating the Street
- Joel Greenblatt : You Can Be a Stock Market Genius: Uncover the Secret Hiding Places of Stock Market Profits
et Le petit livre pour battre le marché
- Seth Klarman :Margin of Safety: Risk-Averse Value Investing Strategies for the Thoughtful Investor
- Benjamin Graham : L’investisseur Intelligent, L’interprétation des états financiers et, pour les plus courageux, Security Analysis
- Bruce Greenwald : Investir dans la valeur : De Benjamin Graham à Warren Buffett et au-delà
- Christopher Browne : Le petit livre pour investir à bon prix
- Mohnish Pabrai : The Dhandho Investor: The Low-Risk Value Method to High Returns
- David Dreman : The New Contrarian Investment Strategy
Et tous les rapports annuels de Warren Buffett (aussi bien ceux du Buffett Partnership que ceux de Berkshire Hathatway), parce qu’il reste pour le moment le meilleur investisseur de tous les temps, quoi qu’en dise la communauté financière.
11°) Quelles sont tes performances aujourd’hui ?
A titre professionnel, l’activité de Value Investing a démarré le premier Septembre 2011. A ce jour, les résultats sont bons (+35,4% en 6 mois en comptant la dilution liée au cash-flow qui m’oblige à racheter chaque mois mes titres plus chers, +54% sans cette dilution). Mais je n’ai pas envie de me reposer sur mes lauriers. J’ai encore toute mes preuves à faire pour satisfaire nos actionnaires existants et attirer des investisseurs dans notre futur Hedge Fund. Je suis sûr que d’ici quelques années, sans savoir combien car il faut parfois être très patient, cela ne sera plus un problème !
A titre personnel, bien que j’ai très mal surveillé ma performance en 8 ans par erreur de jeunesse d’une part, et surtout parce que j’essayais de me concentrer sur le processus indépendamment du résultat, elle est sans aucun doute supérieure à 40% par an, car je suis aujourd’hui capable de vivre de mes revenus boursiers sans travailler, alors que je suis parti de 0 avec une capacité d’épargne moyenne de 500 euros par mois en serrant ma ceinture ! J’espère très sincèrement que ce constat donnera de l’espoir à tes lecteurs.
12°) Quels conseils importants pourrais-tu donner aux investisseurs débutants souhaitant investir en bourse mais ne savant pas forcément par où commencer?
Mais d’investir chez Value Investment Partnership bien sûr !
Plus sérieusement, c’est une question extrêmement difficile que tu me poses là.
Tout d’abord, le premier conseil (et c’est aussi celui que nous donnons à nos clients) : vérifiez quels sont besoins sur un horizon de 5 à 8 ans et investissez seulement de l’argent dont vous n’aurez pas besoin ! Si dans deux ans vous vous trouvez avec une position perdante, il serait embêtant de la réaliser à cause d’un besoin de liquidité non prévu (et la loi de Murphy s’appliquera implacablement : l’instant d’après, la position sera de nouveau gagnante !).
Pour en revenir à l’investissement value, tout le monde, peut être même un singe bien dressé, saura analyser un bilan ou les activités de quelques sociétés avec un peu d’entraînement. Je pense, corrige moi si je me trompe, que ta question sous-entend comment apprendre à le faire pour bien investir. Mais je pense qu’en fait que la clé du succès d’un investisseur n’est pas vraiment là.
Donc je vais répondre la chose suivante : pour apprendre les bases de l’analyse, il suffit de lire quelques bouquins, par exemple ceux que j’ai recommandés. On peut aussi prendre des cours avec des spécialistes, les nôtres par exemple, ou ceux de l’Université de Columbia que je recommande fortement. Malheureusement, ces derniers cours sont chers. Ensuite, c’est en forgeant que l’on devient forgeron : il faut donc analyser scrupuleusement le plus de bilans et comptes de résultats possibles, et ça finira par rentrer. Il n’y a pas d’autres solutions, c’est le travail qui paie. Autrement, l’investissement peut se faire en lançant des fléchettes au hasard pour choisir ses sociétés, le résultat sera à peu près le même !
Maintenant venons-en à la question de comment devenir un bon investisseur ? Ma réponse va être décevante, mais je crois qu’il faut être prêt à entreprendre un très grand travail sur sa personne et que ce travail doit être illimité dans le temps pour devenir encore et toujours meilleur. Pourquoi ?
Parce que s’il l’on fait comme tout le monde, on obtiendra les mêmes résultats : c’est-à-dire que l’on ne fera pas mieux qu’un indice boursier dans le meilleur cas, et on perdra de l’argent dans le pire cas. C’est un travail de longue haleine et extrêmement fatiguant. La plupart des personnes ne devraient en fait même pas considérer d’investir dans autre chose qu’un indice élargi, ou confier son argent à un gérant en qui elles peuvent avoir une totale confiance pendant une dizaine d’années. Voici pourquoi :
Aujourd’hui, en bourse, on cultive le « derby de la performance » : il faut toujours battre son indice de référence, on ne tolère même plus une sous-performance sur 6 mois, que dis-je, parfois même sur 3 mois. Or, la plupart du temps, il faut beaucoup plus de temps pour qu’une société génère des résultats. En fait, si un professionnel a sous-performé 6 mois, les investisseurs institutionnels (qu’il serait la plupart du temps plus pertinent d’appeler spéculateurs à mon sens) vont vendre leurs parts du fonds pour les mettre chez le concurrent. Le gérant va donc devoir liquider ses positions, et se promettra de ne plus jamais prendre la moindre initiative.
Si on veut réussir, on doit absolument renoncer à faire comme tout le monde, voire apprendre à aller seul contre tous, ce qui est loin d’être simple. Ca veut dire apprendre à se faire confiance, en se basant sur des faits et un raisonnement logique. Cà sous-entend aussi qu’il faut continuellement améliorer la qualité de son propre raisonnement et se remettre en question. Dur d’avoir à la fois confiance en soi et de se remettre en question, n’est-ce pas ?
J’ai entendu des professeurs et des conférenciers expliquer « pour faire de l’argent en bourse, il suffit de suivre la tendance ! ». En réalité, ils ont été assez intelligents pour confier la gestion de leur liquidité à quelqu’un d’autre. Une tendance, on ne sait jamais quand elle va s’inverser avant qu’il ne soit trop tard.
Quant à ceux qui veulent se lancer dans l’analyse technique (chandeliers japonais croisements de moyennes etc), les méthodes de types Elliot, carrés magiques, nombres d’or et autres, je déconseille fortement ! Mon associé a connu certaines personnes qui se sont retrouvés endettés jusqu’à leur chemise chez leur broker, en perdant leur appartement et leur voiture.
On doit aussi comprendre et accepter le fait qu’on va forcément avoir des périodes de sous-performance et s’y habituer. Il n’y a rien de grave à cela. Le plus difficile est en fait de rester concentré sur le processus indépendamment du résultat. Je parle ici de résultats pour désigner la performance de l’investissement, car les résultats opérationnels des entreprises sont eux importants à long-terme (une performance décevante, à court-terme, ce qui veut dire pour moi un an, ou même deux ans, n’est pas vraiment un problème). C’est ce point là qui est, à mon avis, commun à tous les grands investisseurs : Buffett, Klarman, Berkowitz, etc…
Un grand merci à Serge car cette interview est relativement dense et sa réflexion de grande qualité.
Des questions complémentaires?
Vous pouvez retrouver les autres interview du blog :
- Franck des Daubasses (ne vous méprenez pas ce n’est pas un noble !)
- Philippe, l’investisseur heureux qui veut devenir rentier.
- Thierry, qui l’est déjà.
- Nos voisins Belges d’Investing Value.
- Guillaume, Conseiller en gestion de Patrimoine.
- Enfin, celle de votre serviteur.



15 réponses pour le moment ↓
1 Marc // 24 mars 2012 à 10:02
» je suis aujourd’hui capable de vivre de mes revenus boursiers sans travailler, alors que je suis parti de 0 avec une capacité d’épargne moyenne de 500 euros par mois en serrant ma ceinture ! »
Tu n’as plus rien à envier à Buffet, je pense que tu es tout simplement meilleur que lui !
Bonne continuation !
2 Boris // 24 mars 2012 à 18:49
Pourquoi créer un hedge Fund alors qu’avec 40% de performance annualisé, ce « Serge » sera l’homme le plus riche du monde dans queleques années.
3
Investisseur débutant
// 24 mars 2012 à 21:08
A défaut ne pas être d’accord Marc, en ayant un capital de départ de 100 000€, il faut tout de même 35 ans à 40% annuel pour devenir le plus riche du monde…de quoi laisser le temps de voir venir ce qui se passe.
Concernant le « hedge fund », je pense que c’est pour avoir plus de liberté et pouvoir être rémunéré pour services rendus…je laisserais Serge en dire plus su rle sujet.
Je peux te renvoyer vers des saines lectures :
- l’une très simple et rapide
- l’autre plus longue mais beaucoup plus riche…
4
Serge
// 25 mars 2012 à 12:32
Bonjour à tous,
Je commence par commenter la réponse de Marc.
Marc, merci pour tes propos qui me touchent beaucoup, mais ce n’est objectivement pas vrai (à moins que je puisse le démontrer par des faits, et ce n’est pas le cas). Je vais te dire pourquoi : Buffett gère plusieurs dizaines de millairds, et moi, je gère une somme minable en comparaison. Deux choses à en tirer :
1 – si Buffett a un portefeuille dont la taille est égale au mien, je te parie qu’il fera 50 à 60% par an jusqu’à ce qu’il atteigne près d’un milliard.
2 – Si j’avais le portefeuille de Buffett, il est certain, avec mes compétences actuelles, que je ne saurais pas faire mieux que lui en achetant des actions sur le marché (d’ailleurs, il fait assez souvent des deals spéciaux qui sont d’une qualité exceptionnelle, tels celui sur Bank Of America, et ce n’est pas pour rien
)
Buffett est l’un des meilleurs gérants de tous les temps et j’en suis pour le moment encore loin. Je dois encore travailler très dur pour atteindre son niveau.
5
Serge
// 25 mars 2012 à 12:57
Je commente maintenant la remarque de Boris.
Il y a plusieurs choses à considérer. En voici quelques unes (non exhaustif) :
- J’ai co-fondé une entreprise qui a pour vocation d’aider d’autres personnes à s’enrichir. La raison d’être de ce Hedge Fund est que c’est un service qui le permet, et qui s’intégrerait parfaitement aux offres existantes. C’est ma façon de m’épanouir au travail en rémunérant les actionnaires de notre société. Je ne le fais même pas forcément pour le fric, le plaisir d’aider des personnes est tout aussi rémunérateur.
- Plus mon capital sera important, plus j’aurais du mal à avoir un rendement élevé (cf. commentaire précédent). Ma statégie actuelle ne le permettra pas, et c’est certain (Avoir un portefeuille de 10 milliards à 5 actions équiréparties sous-entendrait que j’arrive à trouver 5 positions à deux milliards avec une marge de sécurité de 50% ou plus. J’en suis incapable. Il faudrait que je devienne un Peter Lynch, qui avait 1400 actions dont la plupart étaient sous-évaluées, et j’en suis encore très loin ! Mais j’y travaillerai.)
- Les impôts sur les plus values du capital d’un particulier sont imposées à 35,7% en France. Tu ne peux donc pas ré-investir 100% de ta plus value. Avec des parts de Hedge Fund, tu peux ré-investir 100% des plus values réalisées, jusqu’à ce que tu demandes la rédemption de tes parts. C’est beaucoup mieux si tu ne comptes pas vendre tes parts, comme c’est le cas pour moi (et tu peux aussi, avec l’aide d’un bon fiscaliste échapper à ces impôts si tu le souhaites, mais ce n’est pas ici l’objet de mon propos).
La première raison est la plus importante à mon sens.
6
JF
// 29 mars 2012 à 08:29
J’apprécie votre approche, c’est intéressant. je pense qu’il y a beaucoup d’opportunités dans les ‘opérations d’arbitrages » :
les spin-offs
les spin-offs partiels
les restructurations d’entreprises
les fusions-acquisitions
Ma question est la suivante :
Comment être tenu informé de ces situations spéciales ? Y a t-il un site pour les répertorier ?
Merci
7
Serge
// 29 mars 2012 à 17:52
Bonjour JF,
Je vous remercie pour votre intérêt pour l’approche.
Je me tiens informé des situations spéciales en lisant le Wall Street Journal. Elles font très souvent l’objet d’articles dans les journaux financiers comme WSJ ou Barron’s pendant une durée assez longue. Les news en ligne le permettent probablement aussi, mais je suis plutôt vieille école. Peut être que quelqu’un d’autre pourra compléter ma réponse.
A titre de commentaire, les situations spéciales mentionnées ne sont pas pour moi des opérations d’arbitrage, qui représentent une catégorie à part. Je n’aime pas particulièrement les arbitrages, parce qu’il y a beaucoup de gens brillants qui travaillent dessus, ce qui crée une concurrence rude sur ce secteur. En revanche, j’adore les situations spéciales que vous mentionnez, justement parce qu’il y a très peu de concurrence de la part des institutionnels.
8
Investisseur débutant
// 30 mars 2012 à 09:15
Je ne connais pas de source d »informations dédiée à ce type d’opération
9
Super_Pognon
// 12 avril 2012 à 20:04
Pour les situations d’arbitrage, si des sites existent, l’information circule, etc… Pouvez-vous me dire si la situation d’arbitrage existe encore ?
Je crains que non. Ces opportunités sont inversement proportionnels à la diffusion de l’information à mon avis.
Chercher des sites qui répandent ces informations, c’est reconnaître que ces opportunités sont faibles ou n’existent pas…
10
Serge
// 12 avril 2012 à 21:38
Mes excuses si je suis un peu lourd, mais je pense qu’il est bon de préciser ce qu’est un arbitrage car il me semble qu’il y a confusion sur ce terme.
Par définition, un arbitrage est une opération consistant à profiter de la différence de prix d’un même instrument ou de deux instruments similaires (par exemple une action convertible et une action simple) financier sur un même marché ou deux marchés différents (par exemple pour les ADR).
Une opération d’arbitrage peut consister aussi, au moment de l’annonce d’une OPA, à acheter l’action de la société sur laquelle porte l’offre avant la réalisation effective de celle-ci, en espérant en tirer profit.
On aura donc des opérations du type :
- l’action X côte 10 EUR à Paris, mais son ADR est à 9,5 EUR à New York par exemple parce que le dollar a subitement fluctué à la baisse. J’achète l’action à 9,5 à NY et espère la revendre aussitôt à 10 à Paris pour encaisser la différence. Le risque de l’opération est que quelqu’un d’aussi rusé que moi s’en rende compte avant et ferme le gap avant moi.
- Sanofi annonce l’OPA hostile de Genzyme à 70$. L’action Genzyme monte immédiatement à 66 $. je prends position à 66 pour espérer réaliser le différentiel entre le montant de l’OPA et mon prix d’achat. Le risque de l’opération est que l’OPA soit rejetée par les actionnaires de Genzyme ou l’autorité de la concurrence aux US.
Ces opérations requièrent une expertise réelle car toutes les banques d’investissement (avec pleins de professionnels bardés de diplômes) travaillent dessus. Il est très dangereux pour l’investisseur néophyte (ou non) de s’aventurer sur ce terrain !
11 Interview d’Etienne, auteur du blog Investisseur Débutant par Serge | | Be Rich CorpBe Rich Corp // 24 mai 2012 à 18:18
[...] Connaissez vous Serge ? – Article sur les spin offs partie 1 – Article sur les spin offs partie [...]
12 René // 21 septembre 2012 à 11:38
les restructurations d’entreprises: tu classe bofa et AIG dedans ?
vivre de tes revenus boursier: tu revends des actions, des dividendes ou des frais de gestion/conseil ?
13
Serge
// 21 septembre 2012 à 13:53
Bonjour René,
Pour moi BofA et AIG sont en effet des restructurations.
Concernant mes revenus boursiers : Je ne suis pas dans l’obligation de vivre de mes revenus boursiers sans travailler, je dis bien dans le texte que j’en suis simplement capable avec le capital sous gestion (si je le veux ou si la nécessité s’en faisait sentir).
Si je devais le faire, je ne revendrais rien et privilégierais plutôt les dividendes. Il est possible que je modifie un peu mon portefeuille dans ce cas là pour augmenter un peu la poche rendement, histoire d’avoir un yield moyen de 2,5% au moins.
Aujourd’hui, je ré-investis mes dividendes, car l’activité conseil fonctionne correctement et subvient parfaitement bien aux besoins de ma famille.
En espérant avoir répondu clairement,
Serge
14 JF // 24 septembre 2012 à 00:05
Les spin off sont des restructurations
15
Serge
// 24 septembre 2012 à 10:58
Je suis d’accord avec vous JF.
Toutefois, je pense qu’il est pertinent pour un investisseur de distinguer les spin-offs et d’autres types de restructurations, comme celle de BofA (qui accroît ses profits en diminuant sa taille, pour ne garder que les branches profitables), qui s’apparente plus à du redressement. On aurait peut être dû utiliser le mot redressement à la place de restructuration, pour être plus précis : vous avez raison là-dessus.
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